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Monthly Archives: janvier 2019

  • L'âne et le cheval / © Jean Belvisi

L’âne et le cheval

Ne fais pas l’âne,
Dit le cheval ;
Ne soit pas à cheval,
Dit l’âne.

Pourquoi marnes tu donc ?
Dit le cheval ;
Pourquoi t’acharnes tu donc ?
Dit l’âne.

Je marne car le paysage m’envahit,
Dit l’âne ;
Je m’acharne car le déphasage me contrarie,
Dit le cheval.

Les nuages s’accumulent au loin,
Quoique sereins ;
Les plans s’articulent en contrepoint,
Comme un refrain,
Qui répéterait,
A l’infini,
La chanson d’un chagrin.

Sous la marne, point de bataille ;
L’attente du sol, seul récipiendaire,
De ce qu’incarne ce qui nous assaille ;
Appel minéral, calme sédimentaire.

JB

  • La vache / © Jean Belvisi

La vache, le train, et l’homme

Sommeil absent.
Nuit câline ou nuit canine.
Nuit de chien ou nuit de Chine.
Sommeil effarant.
Les vaches regardent passer les trains.
Les hommes regardent passer les vaches.
Les étoiles regardent passer les mondes.

Que celle qui étreint ne soit pas vache,
et celui aveuglé, trop regardant.
Dormir d’un œil, danser sur un pied,
quel fragile équilibre sémantique ;
bon pied, bon œil,
quel rétablissement magnifique.

La vache n’en a cure,
sous les constellations,
elle rumine, elle aussi,
sans considération ;
mais le jour levé,
elle aura digéré,
Elle,
la vache.

Et du marchepied du train qui s’éloigne,
elle ne sera plus que souvenir de campagne,
la vache,
elle ne sera plus que souvenir de compagne,
qui d’un regard noctambule
nous aurait confondu
en un hagard funambule ;
dansant à cloche pied
sur le chemin du faire,
les yeux fermés.

Alors
Il ne reste plus
qu’à rêver,
avec entrain,
et s’élever,
enfin…

JB

  • La mouette / © Jean Belvisi

Ceci n’est pas une mouette

Ceci n’est pas une mouette

Le vol de la mouette s’émiette dans cette moiteur
D’une moitié de moi-même.
Mouette rieuse qui vole cette amulette,
Sans laquelle je ne suis plus moi-même.
Envol d’une âme en quête d’une allumette, 
Qui, d’un feu magique,
N’en finirait pas de brûler,
Mais que la lame de fond, d’une mer inique,
Pourrait oblitérer.

Ceci est un goéland,
Tout ce qui précède n’a donc pas de sens.

Le vol du goéland est arrêté,
Sur le
Scintillement d’un vague émoi,
D’où
L’amer est figé,
Et
L’horizon déployé.

JB

  • Face à la mer / © Jean Belvisi

Face à la mer

Face à la mer,
Tu es à ma droite,
Plantée de pierre ;

Face à ce qui flamboie,
Je suis à ta gauche,
Poussant de bois ;

Trompeuses apparences,
Il n’y a ni bois, ni pierre,
Dans ce couple naturel,
Il n’y a ni rouge, ni vert,
En cette trace résiduelle ;

Juste
Une illusion de transparence,
Comme
Une permanence de l’absence.

JB

  • Le plongeur / © Jean Belvisi
    Le plongeur / © Jean Belvisi

Le plongeur

Comme que je descendais les pistes impassibles,
Et caillouteuses,
Cet après midi,
Je ne me sentis plus guidé par mes jambes,
Mais halé par des pensées impossibles,
Des endorphines hilares m’ayant pris pour cible. 
Que Rimbaud me pardonne.

Je … pensais à cette image du plongeur,
Et Chronos s’immisçait dans mes foulées. 
Je m’y disais qu’il était joueur ;
Qu’il avait comme détaché la petite aiguille du chronomètre,
Afin de la remplir et de m’en injecter quelque hormone de plaisir,
Endorphine encore, mais aussi noradrénaline, et dopamine.
Rien que de très naturel au demeurant.
Il n’est besoin de plus.

Je … pensais à cette image,
Le temps est mutin, taquin,
Ce temps T et cette ambivalence,
Arrêté mais démesuré,
Contrarié et hébété,
Dissipé mais ramassé.

Je … pensais,
Qu’il puisse ne pas tomber,
Le plongeur,
Qu’il puisse inverser le mouvement,
Le plongeur,
S’échapper vers le haut,
Dans une formidable liberté
Du bonheur,
A contrer la gravité,
Retrouver la légèreté,
Du bonheur.

Je …
Un visage,
Un regard,
Un sourire,
Peuvent éclater le plafond de bois,
De verre,
Permettre l’idée folle
Du plongeur ascensionnel,
Vers un ciel azur.

… ?
Il faudrait,
Dans les images,
Jouer du champ
Et du contrechamp,
Afin de voir,
Les yeux dans les yeux,
S’ouvrir,
La fenêtre,
Des possibles,

Et ne jamais tourner le dos.

JB

  • Le nageur / © Jean Belvisi

En eau trouble

Je suis allé nager,
Trouver l’au-delà,
Sentiment trouble,
Né de l’ondulation,
Du bas vers le haut,
Du haut vers le bas ;

Comme il est facile,
D’être dans la ligne,
Et
De ne pas voir les signes,
Cet instant suspendu,
Ou
L’on inspire, un peu ivre,
Ou
L’on s’offre,
Bras rejetés,
A la vie à laquelle on aspire,
A l’amour que l’on respire …

à C.

JB

  • La forêt trépassée / © Jean Belvisi

La forêt trépassée

La forêt trépassée,
Masquée par le temps,
Et le caillou tranchant ;
La forêt trépanée,
Marquée par le vent,
Et l’arbre penchant ;
Menacée par l’H,
Du hiatus,
Entre le moi,
Et le toit,
De la canopée.

JB